http://www.sophiemenuet.fr Exposition collective au Musée de Bourgoin-Jallieu, Vernissage le mercredi 13 juin 2012 / 18h "L'étoffe des femmes" Isabelle Antoine, Marie-Noëlle Décoret, Marie-Ange Guilleminot, Marie Hendriks, Sophie Menuet, Géraldine Michel, Annick Picchio et Dominique Torrente. 14 juin/16 septembre 2012
Sophie Menuet réalise des œuvres en trois dimensions dans des matériaux et des techniques qui viennent le plus souvent de la couture. Le travail d’aiguille de ses sculptures est montré. Voilà, se dit-on, une histoire cousue de fil blanc. Le discours féministe nous a habitués à ce genre de détournement. De Pierrette Bloch à Marie-Ange Guilleminot en passant par Annette Messager, l’ouvrage de dame détourné de son statut domestique dame le pion aux « œuvres » du mâle. Décontextualisé, exposé en regard des « œuvres », il provoque un « trouble dans le genre » plus ou moins redoutable.
L’ensemble qu’elle présente cet hiver et ce printemps au musée de Gap et au musée Balaguier de La-Seyne-sur-Mer est de ce point de vue d’une rare efficacité. On y voit beaucoup de tissu, des personnages à l’allure inquiétante comme ceux qui prenaient place déjà dans l’exposition de la galerie des Ponchettes, à Nice, il y a deux ans d’ici. Beaucoup de hauts mannequins patibulaires et quelque peu horrifiques à force de sur-piquage réparateur, cousus comme des créatures de Nosferatu, beaucoup de bras tendus vers le haut, mi aliens de soie mi tumuli sommés d’une main en forme de pince comme pour se saisir de quelque chose d’interdit ou d’innommable. Beaucoup d’angoisse qu’on à peine à dire apprivoisée tant la clé de ces effigies mises en pleine lumière, exposées sous toutes les coutures, fait songer aux apparitions terrifiantes de l’enfance en haut des escaliers de la peur...
Xavier Girard, février 2012.
Lecture Librairie Apostille Marseille
RENCONTRE AVEC CATHERINE PAGEAR
Ce bel objet réunit Catherine Pageard et Sophie Menuet. Portraits des êtres qui marchent, errent le long des routes, de passage. Les “transparents” de René Char devenus “marginaux” pour les médias. “La poésie est dans la marge, mais la marge est dans la page”, a dit Perros. Ces femmes et ces hommes sont dans la vie même. La liberté que l’on peut leur prêter et l’angoisse d’être enclos, prisonniers en eux-mêmes plutôt que des conventions sociales de ceux qui les croisent, les rendent dérangeants. Ils passent, passant ils demeurent dans la mémoire comme des rêves d’une réalité poétique rendue par la sobriété de ces textes récusant toute sentimentalité.
Ils sont là, Catherine Pageard les décrit avec attention, cette attention qui est poésie.
Êtres sur leurs jambes dans leur propre ritualisation du quotidien. Voir dans les silhouettes “flottantes” de Sophie Menuet un éventuel paradoxe serait laisser échapper qu’il s’agit là de présences hors prise : entre la pesanteur et la grâce.
Philippe Blanchon, Poète, libraire, éditeur