Sophie Menuet
Le corps brodé
RECONSTITUTION
En gants blancs
Le tableau de Comerre, Pierrot jouant de la mandoline (1850-1916) de la collection du musée m’a fascinée. Il y a dans ce visage du doux et du complexe, le regard lointain entouré de taches sombres, homme, femme, sa texture transpose le toucher. Les plis et fibres de soie, il parait haut et large, en teinte de blanc. De gros boutons en pompons, collerette de tulle, manches plissées tombant en protubérance, coudes élargis, petits volants de soie grège. Le visage, l’instrument et les mains dessinent un triangle qui a basculé. Sorte de métronome, de pendule du corps. En prenant comme centre cette peinture j’envisage de construire un ensemble de sculptures.
J’imagine une danse « En gants blancs » comme des sortes de serpents à sonnettes. Sculptures de mains, de hauteurs variables dont la base se termine en corolle pour s’étaler.
Exposition collective, Musée Muséum Départemental de Gap.
Commissaire d'exposition: Dominique Angel, Joëlle Metzger, Frédérique Verlinden.
En gants blancs
En gants blancs, 2011, sculptures / peinture de la collection du Musée Muséum Départemental de Gap de Léon Comerre, copyright © raoul hébréard
CUIRASSE SATIN TEXTE
CUIRASSE DE SATIN
Et dans le silence de la lagune, des eaux basses s’infiltrant dans le fort, sous la voûte du fort se dresse la statue d’un guerrier, comme attendant l’assaut.
Personnage d’une étrange tournure, le visage fermé, invisible, fait de replis, cousu de coussinets, cicatrices refermées d’une main qui ourdit les fils, celle de l’artiste.
Cuirasse de satin marine, en ses plissures, on peut apercevoir, par l’aiguillée, combien de fois recommencée, le plan, les bâtis du fort intérieur, et la silhouette d’un soldat tenant drapeau, tous en lignes blanches.
Rempart que cette voilure doublée d’ouate, où se chevauche ce qui est dedans dehors, en ces tours de main.
Guerrier du Fort Balaguier, présence d’un passé révolu, ordonné par un homme de robe, Richelieu, fort en défense de Toulon, batailles de bastion, avec le bien-nommé Fort de l’Aiguillette, où il s’agit bien de battre à plate couture.
Plis et replis déployés, comme une magnificence offerte aux passants sur son socle.
De pied en cape, quelque chose énigmatique, à jamais s’échappant vers d’autres lumières.
Et au bas du costume, ainsi drapé voguent des vagues marines, luisantes de satin, comme un rappel de la mer, là où se tient le fort et ses canons, là où se tiennent le rêve, la mémoire et leur ressac.
In catalogue sentinelle de la rade, Musée Balaguier.
Laurence Millereau, Juin 2011, Ecrivain, poète.
Rêves-cauchemars, 2010
Rêves-cauchemars, 2010, mocassin, fil, fourrure, bois, copyright © sophie menuet
Gant-vague, 2008, Exposition Et si la guirlande de Julie était en laine...
Gant-vague, Exposition Et si la guirlande de Julie était en laine..., 2010, satin, piqué, ouate, verre
La Maison d'Alice, 2010, exposition L'enfance de l'art
La Maison d'Alice, 2010, L'enfance de l'art, cartons, tissus, livres miniatures, lumières © sophie menuet